CHRÉTIENS DANS LE MONDE
« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » Illustration :
"Le Christ Rédempteur" © David Lefranc / Le Figaro Magazine
Alors que notre pays vit des moments politiques importants qui décideront de son avenir pour les prochaines années, il semble justifié de se demander quelle place nous devons prendre en tant que chrétiens dans la société. Certes, une telle question ne peut trouver une réponse simple. L’histoire de l’Eglise montre que les chrétiens, fidèles à l’Évangile, ont pu donner des réponses différentes à cette question en fonction non seulement des circonstances historiques ou locales mais aussi en fonction de leur sensibilité personnelle, c’est-à-dire, de la hiérarchie des valeurs qui étaient les leurs. Cette remarque garde toute son actualité pour nous aujourd’hui.
Les lectures bibliques de ce dimanche peuvent cependant nous aider à prendre un peu de hauteur pour considérer le point de vue particulier qui devrait être celui du chrétien et en cela le distingue, sans doute, de la plupart de ses concitoyens.
L’évangile nous fait entendre de la part de Jésus des paroles fortes : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi », « en dehors de moi vous ne pouvez rien faire ! ». Le chrétien n’est pas celui qui agit de sa seule initiative, il est quelqu’un d’habité par la présence d’un autre. Il ne regarde donc pas le monde qui l’entoure à partir de son seul jugement humain. La présence du Christ vivant en lui le conduit à voir le monde et l’autre, le prochain avec le regard du Christ, non seulement en ce qui concerne la dignité intrinsèque de tout être humain mais aussi en fonction de la destinée éternelle à laquelle chacun est appelé.
En conséquence, notre regard sur le monde et notre engagement dans la société ne peuvent se faire selon les seuls critères du monde, c’est-à-dire d’une réalité qui se considère comme absolument autonome et auto-suffisante, décidant à partir d’elle-même ce qu’elle veut être et comment elle veut l’être. Le concile Vatican II le rappelle dans sa constitution sur l’Eglise dans le monde de ce temps (Gaudium et spes § 33) : « Si, par autonomie des réalités terrestres, on veut dire que les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres, que l’homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser, une telle exigence d’autonomie est pleinement légitime… C’est en vertu de la création même que toutes choses sont établies selon leur ordonnance et leurs lois et leurs valeurs propres, que l’homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser, une telle exigence d’autonomie est pleinement légitime : non seulement elle est revendiquée par les hommes de notre temps, mais elle correspond à la volonté du Créateur… Mais si, par "autonomie du temporel", on veut dire que les choses créées ne dépendent pas de Dieu et que l’homme peut en disposer sans référence au Créateur, la fausseté de tels propos ne peut échapper à quiconque reconnaît Dieu. »
C’est dire en fin de compte qu’il y a un certain nombre de réalités créées qui concernent la vie humaine et qui ne sont pas livrées à la seule décision arbitraire de l’homme. Ainsi en est-il notamment de la dignité intrinsèque de tout être humain, de la conception à la mort naturelle, de la définition du mariage comme union indissoluble et fidèle d’un homme et d’une femme ouverte et ordonnée à la procréation, de la responsabilité éducative des parents vis-à-vis de leurs enfants. Sans doute, existe-t-il dans le monde bien des forces hostiles à cet Évangile de la vie. Nous pouvons souvent nous sentir désarmés devant de telles puissances. Cependant, le chrétien est celui qui n’est jamais seul. Il a reçu de son Seigneur cette assurance : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».
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